Juste aux portes de Sondrio, derrière une station de service,
nous dénichons la cave et le fameux coteau de Grumello; le
nom d'Arturo Pelizzatti, inscrit en grandes lettres blanches sur le
muret d'une imposante terrasse, ne passe pas inaperçue aux
yeux des passants. Nous voilà donc chez Monsieur Arturo qui
nous confie à voix basse, avec cet air timide et mélancolique
qui le caractérise, les déboires de la florissante maison
familiale fondée en 1860 et cédée en 1973, pour
des raisons familiales, à la Winefood, une organisation qui
appartenait jadis au Crédit Suisse et qui fut au centre d'une
grande débâcle financière lourde de conséquences
pour la grande banque suisse en 1977. Cette cession ne fit pas le
bonheur de notre ami: par chance, 10 ans plus tard il réussit
à récupérer les vignes familiales données
en location et à créer sa propre entreprise, qu'il est
fut obligé d'appeler AR.PE.PE. (Arturo Pelizzatti Perego),
la marque Arturo Pelizzatti étant toujours propriété
du Gruppo Italiano Vini (Winefood) /Nino Negri. Après nous
avoir renseignés sur son histoire, Monsieur Arturo nous conduit
dans la cave, très sobre et qui ne brille pas un agencement
sophistiqué. On y découvre une batterie de grands fûts
de chêne et de cuves en ciment contenant des vins issus de millésimes
qui " normalement " auraient déjà dû
être vendus. Assis à une petite table, le maître
des lieux débouche, d'un air calme et réfléchi,
une bouteille de Grumello
Buon Consiglio 1995, se demandant peut-être quelle sera
notre réaction face à ce vin à l'aspect un peu
" éthéré ".
La couleur aux nuances orangées, très transparente me
fait tressaillir: pourquoi m'a-t-on conseillé ce producteur
d'un autre temps? Mais déjà la délicatesse des
arômes de noisettes et de fruits à noyaux flatte mes
narines et je commence à regretter mon parti pris. Zut! J'ai
réagi comme tous ces journalistes et connaisseurs qui ne jurent
plus que par les vins " d'apparence " et que je ne cesse
de critiquer! La bouche, soutenue par une acidité savoureuse
et portée par des tannins fins mais toujours fermes, me donne
envie de boire, de me faire plaisir. Une sensation que j'avais déjà
ressentie en goûtant un autre Valteline, le Virtù 1999
des " Vinautori " et quelques vins de Bourgogne. Rassuré
par ma réaction, notre ami débouche un Grumello
1991, à la couleur encore plus transparente et orangée,
aux arômes tertiaires évoquant les fruits confits et
la noisette. Il faut que je me rende à l'évidence: un
bon Valtellina Superiore, à l'apparence fragile s'il est vinifié
à l'ancienne, peut donc vieillir longtemps et constituer un
splendide vin d'agrément. Mais ne soyons pas dupes: au départ,
le raisin doit présenter une qualité impeccable!